Porquoi hunebourg ne put pas rendu. Par Erckmann - Chatrian Seguir história

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Augusto Salvador


Porquoi hunebourg ne put pas rendu. Conte. Erckmann-Chatrian est le pseudonyme collectif utilisé de 1847 à 1887 par deux écrivains français : Émile Erckmann (né le 21 mai 1822 à Phalsbourg et mort le 14 mars 1899 à Lunéville) et Alexandre Chatrian (né le 18 décembre 1826 à Soldatenthal et mort le 3 septembre 1890 à Villemomble). Ils ont également écrit sous leurs patronymes respectifs.


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I


Le fort de Hunebourg, taillé dans le roc à la cime d'un pic escarpé, domine toute cette branche secondaire des Vosges qui sépare la Meurthe, la Moselle et la Bavière rhénane du bassin d'Alsace.

En 1815, le commandement de Hunebourg appartenait à Jean-Pierre Noël, ex-sergent-major aux fusiliers de la garde, amputé de la jambe gauche à Bautzen et décoré sur le champ de bataille.

Ce digne commandant était un homme de cinq pieds deux pouces, très-large des épaules et très-court sur jambes. Il avait une jolie petite bedaine, de bonnes grosses lèvres sensuelles, de grands yeux gris pleins d'énergie, de larges sourcils touffus, et le nez le plus magnifiquement fleuronné de toute la chaîne des Vosges. Un chapeau à claque, l'habit d'ordonnance à longues basques, la culotte bleue, le gilet écarlate, les souliers à boucles d'argent, composaient sa tenue invariable.

Au moral, le commandant Noël aimait à rire. Il aimait aussi le bourgogne «pelure d'oignon,» le filet de chevreuil, le coq de bruyères truffé, le jambon de Mayence, les carpes du Rhin, et généralement toutes les excellentes choses que le Seigneur a faites pour ses enfants. Quant au Champagne frappé, l'honnête Jean-Pierre n'en parlait qu'avec le plus grand respect; mais la vérité me force à dire que le bordeaux partageait,—avec les andouilles cuites dans leur jus,—ses plus chères sympathies.

Ce digne commandant avait sous ses ordres une compagnie de vétérans, la plupart secs et maigres comme des râbles, portant de longues capotes grises et prisant du tabac de contrebande.

On les voyait errer sur les remparts, regarder dans l'abîme, se dessécher au soleil; l'aspect du ciel bleu, de l'horizon bleu, ainsi que l'eau claire de la citerne, avaient imprimé sur leurs fronts le sceau d'une incurable mélancolie.

Il y avait aussi deux sous-officiers envoyés à Hunebourg pour se reposer de leurs fatigues; l'un s'appelait Cousin, l'autre Fargès; c'étaient deux jeunes gens de bonne famille…. Une vocation irrésistible les avait entraînés vers la carrière des armes, et la gloire s'était naturellement fait un plaisir de les couvrir de lauriers. Malheureusement, elle les avait aussi couverts de blessures, et c'est à cette particularité qu'ils devaient l'honneur de servir sous les ordres de Jean-Pierre.

Du reste, ces deux jeunes héros supportaient bravement les injustices de la fortune: ils jouaient aux cartes, fumaient des pipes, et se racontaient leurs campagnes en buvant des petits verres.

Telle était l'existence pleine de variété des habitants de Hunebourg, lorsque le 26 juin 1815, vers quatre heures de l'après-midi, le commandant Jean-Pierre donna tout à coup l'ordre de battre le rappel et de faire mettre la compagnie sous les armes. Il descendit ensuite dans la cour de la caserne, son grand chapeau à claque sur l'oreille, ses longues moustaches retroussées et la main droite dans son gilet.

«Mes enfants, s'écria-t-il en s'arrêtant devant le front des troupes, vous êtes dans le chemin de l'honneur et de la gloire. Allez toujours, et vous arriverez, c'est moi qui vous le prédis! Je reçois à l'instant du général Rapp, commandant le cinquième corps, une dépêche qui m'informe que soixante mille Russes, Autrichiens, Bavarois et Wurtembergeois, sous les ordres du généralissime prince de Schwartzemberg, viennent de franchir le Rhin à Oppenheim. Le haut Palatinat est envahi … L'ennemi n'est plus qu'à trois journées de marche … Il parait même que les cosaques ont déjà poussé des reconnaissances jusque dans nos montagnes:—Nous allons nous regarder dans le blanc des yeux!…

«Mes enfants, je compte sur vous, comme vous comptez sur moi … Nous ferons sauter la boutique plutôt que de nous rendre, cela va sans dire; mais en attendant il s'agit d'approvisionner la place…. Pas de rations, pas de soldats… les moyens d'existence avant tout … c'est mon principe! Sergent Fargès, vous allez vous vendre, avec trente hommes, dans tous les hameaux et villages des environs, à trois lieues du fort … à Hazebrück, Wechenbach, Rosenheim, etc…. Vous ferez main basse sur le bétail, sur les comestibles, sur toutes les substances liquides ou solides, capables de soutenir le moral de la garnison. Vous mettrez en réquisition toutes les charrettes pour le transport des vivres, ainsi que les chevaux, les ânes, les boeufs. Si nous ne pouvons pas les nourrir, ils nous nourriront!—Dès que le convoi sera formé, vous regagnerez la place, en suivant autant que possible les hauteurs. Vous chasserez devant vous le bétail avec ordre et discipline, ayant toujours bien soin qu'aucune bête ne s'écarte … ce serait autant de perdu. Si par hasard un tourbillon de cosaques cherche à vous envelopper, vous ne lâcherez pas prise … au contraire … une partie de l'escorte leur fera face, et l'autre poussera le troupeau sous les canons du fort. De cette manière, ceux d'entre vous qui seront tués, auront la consolation de penser que les autres se portent bien, et qu'ils conservent des vivres pour soutenir le siège.

On admirera leur conduite de siècle en siècle, et la postérité dira d'eux: «Jacques, André, Joseph, étaient des braves!…»

Des cris frénétiques de: «Vive l'empereur! vive le commandant!» accueillirent cette harangue.—Le tambour battit; Fargès tira majestueusement son briquet, fit ranger sa petite troupe en colonne et commanda le départ.

Les vétérans, pleins d'ardeur, partirent du pied gauche, et Jean-Pierre Noël, les bras croisés sur la poitrine et la jambe de bois en avant, les suivit du regard jusqu'à ce qu'ils eussent disparu derrière l'esplanade.

31 de Maio de 2018 às 19:01 0 Denunciar Insira 0
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