zizanie Zizanie Savage

Deux êtres exclus en manque de libertés, un avenir aussi incertain que la marée.


Action Interdit aux moins de 18 ans.

#pirates #bataille-navale
Histoire courte
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Un jours en mer

Le sang coulait le long de la lame du sabre d'abordage, allant rejoindre la grande flaque écarlate qui se formait peu à peu sur le plancher du navire, s'échappant du corps inanimé d'un jeune garçon d'une quinzaine d'année, il avait la peau pâle et les cheveux blonds, son visage était figé de stupeur, et ses yeux exorbités semblaient dévisager son meurtrier, une silhouette élancée qui se tenait devant la porte entrebâillée, la faible luminosité révélant une peau sombre et un visage tout aussi enfantin que celui du cadavre.

Tanya déglutit difficilement, ce n'était pas la première fois qu'elle tuait quelqu'un, ce n'était d'ailleurs pas sa première victime de la journée, mais cette fois-ci, elle était certaine que cela la tourmenterait pendant un long moment.

Elle nettoya son arme sur son pantalon d'un air distrait, fixant le sol, le liquide sombre rentrant en contact avec ses pieds nus, elle ne comprenait pas pourquoi il l'avait attaqué, l'équipage de pirates dont elle faisait partie avait prit d'assaut un navire marchand Anglais, leurs ennemis avaient rapidement étaient vaincus, et chacun cherchaient le moindre objet de valeur à récupérer tandis que les prisonniers étaient rassemblés sur le pont, alors qu'elle fouillait dans la réserve du navire, elle avait aperçu le garçon, vêtu d'un tablier, caché derrière un tonneau, elle s'était dit que ce devait être un commis de cuisine.

Voyant qu'il serrait entre ses mains tremblantes un hachoir à viande méchamment aiguisé, elle avait écartée sa main du sabre qui pendait à sa ceinture, déjà trempé du sang des marins les plus récalcitrants, elle lui avait assuré qu'il ne lui arriverait rien si il se rendait, et c'était la vérité, les cuisiniers étaient essentiels à la vie en mer, et celui de leur équipage aurait bien eu besoin d'aide, l'autre l'avait observé quelques instants sans rien dire, figé de terreur.

Puis, alors qu'elle lui parlait doucement, les mains toujours en l'air, cherchant à le rassurer, il s'était jeté sur elle en hurlant, brandissant son arme devant lui en l'agitant frénétiquement, elle n'avait eu aucun mal à esquiver le coup maladroit qu'il avait porté, se déportant sur le côté au dernier moment, elle avait réagi par pur réflexe, dégainant sa lame en un éclair et éventrant le jeune homme d'un geste ample.

Il avait tourné la tête vers elle, les yeux agrandis par la douleur, prenant conscience de l'imminence de sa mort, avant de baisser le regard sur ses entrailles se répandant au sol, puis il s'était écroulé tête la première.

Alors qu'elle était toujours perdue dans ses pensées, les mains ballantes, les deux pieds dans le sang, quelqu'un ouvrit la porte de la réserve derrière elle, c'était un homme au visage buriné par des décennies en mer un bandana délavé lui couvrait le crâne, et un anneau d'or brillait à l'une de ses oreilles, il s'agissait du maître d'équipage de son navire.

Il l'observa un instant sans rien dire avant de se racler la gorge et de prendre la parole :

-Hey gamin, ramène toi, tout le monde est sur le pont, paraît que les gars ont dégotés un sacré truc dans la cabine du capitaine ennemi.

Elle hocha légèrement la tête, avant de passer son sabre à sa ceinture, sortant de la pièce, laissant des empreintes de pas ensanglantées derrière elle tandis qu'elle suivait le marin à travers la carcasse endommagée du navire.

Il ne tardèrent pas à rejoindre la surface, un groupe de prisonniers était attaché dans un coin, jetant des coups d'œil inquiets à la ronde, se demandant ce qu'il allait bien pouvoir advenir d'eux.

Tanya et le maître d'équipage traversèrent le pont couvert de sang et encore jonché de cadavres pour rejoindre l'attroupement qui s'était formé autour de la cabine du capitaine ennemi, ils s'arrêtèrent à la limite du rassemblement, elle grimpa dans les cordages des voiles, espérant avoir une vue d'ensemble de là haut, essayant d'apercevoir la source de cette agitation.

Un grand homme se tenait au centre de l'attention, debout à côté de la porte, tandis que quelques marins transportaient ce qui semblait être une grande boîte rectangulaire, tout en hauteur et recouverte d'une bâche, empêchant de savoir de quoi il s'agissait, ils déposèrent l'objet aux pieds de leur capitaine, attendant les ordres.

Comme tous les autres, ses vêtements étaient de piètres qualité, les seules choses semblant avoir une certaine valeur sur lui étaient les deux pistolets aux poignées faites d' ivoire qui lui barrait le torse, et la veste de capitaine de la marine anglaise qu'il portait, volé à un ennemi vaincu des années auparavant.

C'était un homme bien bâti d'une quarantaine d'années, la sueur luisant sur son crâne chauve contrastait avec le brun foncé de sa peau, son visage était parcourus de cicatrices, preuves d'une vie de violence et de combats.

Il leva les mains pour réclamer le silence, attendant que l'équipage se calme pour continuer :

- Écoutez- moi bande de rats de cale! Vous vous êtes tous bien battus aujourd'hui, et on a récupéré un sacré butin, cette nuit, on va boire jusqu'à s'en crever la panse !!

Un brouhaha de cris de joie et de rire s'ensuivit, il batailla quelques secondes en agitant les mains pour ramener un semblant de calme :

- Par contre si le moindre marin d'eau douce s'avise d'essayer de se prélever une part avant les autres, il aura droit au fouet, Il désigna la boîte recouverte à ses pieds, En ce qui concerne cette partie du trésor, à terre ça nous rapportera beaucoup d'or, mais les seules personnes à connaître son contenue jusqu'au débarquement seront moi et Monsieur Bridget, Il fit un signe de tête au vieux maître d'équipage qui s'était placé devant la foule de marins, certains grommelèrent leur mécontentement, mais la plupart acquiescèrent d'un air satisfait.

C'était quelque chose d'assez fréquent pour les butins de grande valeur, les hommes passaient ainsi plus de temps à spéculer sur l'objet qui pouvait être dissimulé plutôt qu'à essayer de le dérober pour leur propre compte.

Ayant finit son discours, le capitaine fit signe à ses hommes d'emmener le butin dans la cale de leur propre navire, sous la surveillance sévère du vieux Bridget, les prisonniers ennemis seraient laissés à bord de l'épave, dérivant au gré des vents, la barre et le gouvernail ayant étaient sabotés, on ne leur avait laissé qu'un pistolet chargé, et un seau d'eau potable, il ne faudrait pas longtemps avant que les frères d'armes ne se mettent à s'entretuer.

Tanya trouvait cela cruel, mais le fait de se dire qu'un tel sort les attendait si ils venaient à leur tour à perdre une bataille les motivaient elle et son équipage.

Toujours perchée à plusieurs mètres au dessus du sol, elle regardait la mystérieuse caisse être posée sur le monte-charge de leur navire, quand quelqu'un l'a héla en contrebas, c'était le capitaine qui lui faisait signe de le rejoindre tandis que les derniers matelots quittaient le pont ennemi :

-James! Viens fiston, il faut qu'on cause!

Elle hocha la tête dans sa direction avant de se préparer à sauter sur le pont en dessous.

Elle avait vécu en Angleterre jusqu'à ses treize ans, secondant sa mère, au service d'une riche famille de Londres.

Lorsque celle-ci mourut d'une grave maladie respiratoire, n'ayant pas les moyens d'accéder au moindre traitement, la jeune Tanya s'était retrouvée seule au monde, pensant être destinée à reprendre la place de la défunte.

Quand un jour, un homme qu'elle n'avait jamais vu se présenta à la misérable mansarde qu'elles occupaient.

Sentant la mort venir, sa mère avait pris contact avec lui, lui demandant de prendre soin de Tanya.

Il prétendait être son père, celui qui était parti avant sa naissance, prenant la mer en tant que membre d'un équipage de corsaires au service de la couronne, et dont sa mère lui avait conté les exploits, et le courage avec lequel il protégeait sa patrie contre les hordes de pirates et les ennemis de l'Angleterre.

Il était revenu en tant que capitaine de son propre équipage, chose qui lui aurait était impossible en raison de sa couleur de peau si il était restait au service de l'Angleterre, ce n'était pas le héros combattant pour son pays que lui avait présenté sa mère, c'était un homme avide d'or et égoïste, qui aurait certainement pu soustraire depuis longtemps la fillette et sa mère à la vie de servitude qui étaient la leurs depuis aussi longtemps que Tanya s'en souvenait.

Pourtant, sa venue était une porte de sortie inespérée, la possibilité pour elle de voyager à travers le monde, de découvrir de nouveaux horizons et d'acquérir richesse et réputation, en bref, devenir maîtresse de son destin, chose qui lui resterait impossible dans son pays natale en raison de son sexe et de sa couleur de peau.

Certes, intégrer un équipage de pirate l'avait obligée à cacher sa véritable identité, car même si ils respectaient leur capitaine, la plupart des hommes à bord du navire étaient des criminels de la pire espèce, meurtriers, violeurs, des êtres cruels et corrompus, au moins en se faisant passer pour un garçon, elle avait droit à un minimum de respect.

Pour eux, elle était James, le fils du capitaine, ce maigre jeune homme de dix-huit ans aux traits enfantins, discret, mais volontaire, qui ne refusait jamais une bataille, un virtuose du sabre qui se mêlait peu au reste de l'équipage, mais sur qui l'on pouvait compter.

Son père était un homme avide d'or et de gloire, qui essayait pourtant à sa manière d'être un bon parent.

Tanya ne comprenait pas vraiment ce qui l'avait poussé à la prendre comme membre de son équipage, avec le butin qu'il avait déjà amassé, il aurait put se retirer en toute tranquillité avec sa fille dans les îles des caraïbes, où ils auraient pu couler des jours heureux à l'abri du besoin et du danger.

Il semblait ne jamais avoir assez de richesse, se risquant dans des attaques de plus en plus audacieuses et elle craignait que cela ne se retourne contre eux tôt ou tard.

Pour elle, c'était un moindre sacrifice que de vivre dans la peau d'un autre, si cela lui permettait de rester en mer, car en vérité, malgré cette fausse identité, elle avait plus de liberté sur ce navire qu'elle n'aurait jamais pu en espérer en Angleterre.

Après tout, malgré la cupidité qui le rongeait, peut-être son père comprenait t-il la soif de liberté et d'aventure que Tanya éprouvait depuis sa plus tendre enfance.

Sautant de l'échelle de corde où elle était postée, elle atterrit lestement sur la surface de bois du navire, à quelque mètres du grand homme qui l'attendait en souriant, chose inhabituelle chez lui.

Elle se redressa en ajustant le sabre à sa ceinture, puis cracha sur le plancher d'un air désinvolte, avant de se diriger vers son père d'un pas nonchalant .

Celui-ci lui passa un bras autour des épaules sans se départir de son étrange sourire :

- Haha c'est une sacrée victoire aujourd'hui mon fils, je t'ai vu combattre tu sais, t'en fait bien plus que la moitié de ces ivrognes.

En disant cela il désignait d'un geste vague les derniers membres de leur équipage occupés à dépouiller les cadavres, Tanya ne répondit pas, se contentant d'un faible sourire, l'esprit encore hanté par les yeux morts du garçon qu'elle avait tué.

La serrant toujours contre lui, il jeta un bref regard alentour pour repérer d'éventuelles oreilles indiscrètes, avant de continuer, sans remarquer l'air maussade qu'elle affichait :

-Écoute petit, je me doute que t'as envie de fêter cette victoire ce soir, mais ce qui était sous cette toile, ça vaut bien plus que tout le butin qu'on a pu amasser jusqu'ici, et t'es la seule personne de cet équipage en qui j'ai entièrement confiance.

Alors il faudrait que tu t'occupes de garder la salle des coffres jusqu'à ce qu'on arrive au port, je viendrais t'apporter à manger cette nuit, et je te relairais quelques heures pour que tu puisses dormir, ça te va ?

Elle l'observa un moment sans rien dire, elle ne l'avait jamais vu dans un tel état, c'était un étrange mélange d'excitation et de paranoïa, ses yeux brillaient d'avidité tandis qu'il scrutait la moindre ombre avec inquiétude.

Elle se contenta d'hocher la tête, elle était certainement le seul membre de l'équipage dont la principale motivation n'était pas l'argent, tout ce qui l'intéressait, c'était combattre, boire, et voyager, sur ce navire, elle était quelqu'un, à terre, même avec tout l'or du monde, la plupart des gens la regarderaient toujours de haut.

Elle était fiable et tout le monde le savait, il n'était pas rare que ce soit elle qui surveille le butin.

Même si les seuls à avoir les clés de la porte renforcée de la salle des coffres était le capitaine et le maître d'équipage, certains malins avaient essayé une fois où l'autre de crocheter les serrures.

Au moins, quand c'était toujours la même personne qui montait la garde, en cas de vol, on savait qui accuser.

Il lui donna une tape sur l'épaule avant de se diriger vers l'une des planches servant de pont entre les deux navires.

Jetant un dernier regard aux prisonniers livrés à leur sort, elle haussa les épaules d'un air las avant de suivre son père.

____

Ils avaient maintenant reprit la mer depuis quelques heures, laissant derrière eux l'épave du navire marchand, assise sur un tabouret inconfortable, installée à côté de la porte de la salle des coffres, Tanya observait d'un air distrait la flamme vacillante de la lanterne accrochée au plafond, son sabre posé en travers des genoux, elle était perdue dans ses pensées, songeant aux divers événements de la journée.

À l'extérieur, la nuit était tombée depuis peu, et elle pouvait déjà entendre les cris et la musique provenant des festivités se déroulant sur le pont au dessus d'elle, en temps normal elle aurait regrettée de ne pas pouvoir se joindre au reste de l'équipage, mais pour une fois, elle n'était pas d'humeur pour une beuverie.

Si, vu de l'extérieur James semblait aussi calme et impassible qu'à l'accoutumé, en son fort intérieur, Tanya, elle, ressentait une grande tristesse et une profonde solitude.

C'était ce genre de moments où elle en avait assez des mensonges et de ne pas pouvoir être elle-même, elle avait le sentiment d'être emprisonnée dans son propre corps.

Occupée à ruminer ces sombres pensées et le bruit de l'équipage au dessus recouvrant le moindre son, elle ne se rendit compte qu'au dernier moment qu'elle n'était plus seule dans la cale du navire, quand l'intrus s'adossa au poteau en face d'elle, ou était suspendu la lanterne, elle sursauta en resserrant sa prise sur la poignée de son sabre :

-Alors, on roupille déjà ?

Elle se détendit légèrement quand elle se rendit compte qu'il s'agissait de son père, elle se redressa subitement, baissant la tête d'un air penaud :

-Désolé, ça se reproduira plus.

Il ne répondit pas, se contentant de hausser les épaules, il semblait dans le même état d'excitation que plus tôt dans l'après midi, sans rien dire d'autres, il retira la grosse clé de fer qu'il portait en pendentif, et saisit la lanterne éclairant la pièce, avant de regarder plusieurs fois aux alentours d'un air suspicieux, et de se diriger vers la jeune femme, lui posant une main sur l'épaule en souriant d'un air énigmatique :

-Viens Tanya, il faut que je te montre quelque chose, avec ce qu'il y à la dedans on sera plus riche qu'aucun pirate l'a jamais était.

Interloquée, elle se poussa pour lui laisser libre accès à la lourde porte, elle n'était pas tant surprise par le fait qu'il l'invitait à connaître la nature du butin avant le reste de l'équipage, que par le fait qu'il l'appelle par son véritable prénom, chose qu'il n'avait pas fait depuis le jours où elle avait posée le pieds pour la première fois sur le pont du navire.

Elle le suivit en silence tandis qu'il pénétrait dans la pièce, il suspendit la lanterne à un crochet au centre de la pièce, la lumière vacillante créant des ombres mouvantes sur la grande toile qui recouvrait l'immense forme qui occupait une bonne partie de l'espace.

Tanya resta silencieuse, elle n'avait jamais cherché à connaître le contenu du butin avant sa distribution, mais le comportement étrange de son père avait éveillé sa curiosité, refermant derrière eux, celui-ci s'avança, lui jetant un regard complice, puis tira l'épais tissu d'un coup sec.

Un grand sourire apparut sur le visage du grand homme, tandis qu'il observait le grand bocal emplit d'eau qu'il venait de dévoiler :

-Avec ça ma fille, on pourrait s'acheter toute une flotte de navire, je suis même sûr que le roi nous offrirait l'amnistie à tous, on pourrait...

Il laissa sa phrase en suspend, fixant le contenu du bocal avec un regard avide, à la limite de la folie, affichant toujours un sourire quelque peu effrayant.

Tanya ne répondit pas, le souffle coupé, clignant des yeux à plusieurs reprises pour essayer de comprendre, la surprise lui avait fait l'effet d'un coup de poing dans le ventre.

Là où le grand homme voyait des quantités d'or, une armada de navire et une porte d'entrée pour les plus hautes sphères, sa fille, elle, ne voyait rien d'autre qu'une jeune femme effrayée qui la fixait avec de grands yeux gris, leurs pupilles étaient verticales, semblables à celles des chats, mais son regard était beaucoup plus humain que celui de son père.

Elle avait la peau pâle, d'un blanc laiteux, un visage mince, sans la moindre imperfection, encadré par de longs cheveux d'un noir profond, qui flottaient autour d'elle et recouvraient en partit sa poitrine.

Sa fine bouche entrouverte laissait voir une multitude de petites dents pointues et ses longs doigts osseux se terminaient par de longs ongles qui n'avaient rien à envier aux griffes d'un prédateur.

À chacune de ses respirations, trois paires de ce qui semblait être des branchies, placées de chaque côté de sa gorge, remuaient légèrement.

Tanya n'en revenait toujours pas, les marins avaient beau être superstitieux, la jeune femme n'avait jamais vraiment accorder de crédits aux histoires que racontaient les membres de l'équipage, qui juraient connaître quelqu'un qui connaissait quelqu'un qui avait affronter le kraken, vu le hollandais volant, ou encore capturer une sirène.

Pour ce dernier point en tout cas, le doute n'était plus permis, car, si le haut de son corps était presque humain, l'imposante queue de poisson aux écailles verdâtres qui lui tenait lieu de jambes ne laissait aucune place à l'incertitude quant à la nature de la créature.

C'était une sirène, comme celles qui peuplaient les chansons et qui faisaient rêver les marins depuis des centaines d'années.

Tanya était restée figée, perdue dans la contemplation de cet être fantastique, incapable de prononcer le moindre mot.

Elle pouvait comprendre ce que pouvait ressentir son père, ce que cette découverte pourrait impliquer, pour eux ou même pour le reste du monde.

Mais de la même manière, elle comprenait ce que la sirène ressentait à cet instant, le dos collé à la parois de verre, attendant, impuissante, que d'autres décident de son sort.

Le regard de la jeune femme et celui de la créature se croisèrent l'espace d'un instant, il lui sembla qu'il n'y avait rien d'autres dans la pièce à par elles deux, comme si la parois de verre et les quelques mètres les séparant n'existaient pas, le temps semblait s'être arrêté, pour la première fois depuis longtemps elle avait l'impression que quelqu'un l'a comprenait.

Elle sentit une larme couler le long de sa joue.

Ce n'est qu'alors qu'elle se rendit compte à quel point elle s'était sentie seule jusqu'à présent.

Brisant cet instant magique, son père lui posa une main sur l'épaule, la ramenant brusquement à la réalité :

-Allez gamin, va dormir va, je te remplace, et je te fait confiance pour garder le secret hein, Il lui fit un clin d'œil en souriant, mais son sourire était faux et il lui pressa légèrement l'épaule en guise d'avertissement.

______

Tanya était à nouveau assise sur son tabouret, aiguisant avec précaution son assortiment de couteaux de lancer, vérifiant avec minutie le fil et l'équilibrage de chacun d'entre eux.

Elle n'avait jamais vraiment été à l'aise pour combattre avec une arme à feu, comme le faisaient la plupart des membres de l'équipage.

Certes, une balle avait plus de chance de stopper net un adversaire, mais si vous ratiez votre cible ou que le coup ne partez pas, vous risquiez de vous retrouver avec une arme inutile en main face à votre adversaire.

Sans parler de l'entretien minutieux que cela demandait, elle avait trop souvent vu des marins se faire arracher la main à cause de l'explosion d'une arme chargée à la hâte.

Cela faisait plusieurs heures qu'elle avait repris son poste à la surveillance de la salle des coffres, elle n'avait de toute manière pas réussi à fermer l'œil une seule seconde, son esprit refusant de penser à autre chose qu'à la sirène.

Étendue dans son hamac, les bras croisés derrière la tête, fixant les planches au-dessus d'elle d'un air absent, la fatigue, qui aurait pourtant dû se faire ressentir après cette journée éreintante, ne semblait pas se manifester.

Le maigre visage blafard occupant la moindre de ses pensées.

Le craquement de l'escalier qui menait à l'étage se fit entendre à l'autre bout de la pièce, lui faisant relever la tête, plusieurs bruits de pas, deux ou trois individus, on était en début de matinée, et personne à part elle ne devait se trouver dans cette partie du navire.

La lame fila de ses doigts tel un éclair, se fichant dans la parois du navire dans un claquement sec, à quelques centimètres de la tête de l'homme qui venait d'atteindre la dernière marche.

Il se décala vivement sur le côté en levant les mains en l'air :

-Wow du calme petit! Je sais qu'on a rien à faire là mais si tu recommence un coup pareil je te coupe les couilles avec ce putain de couteau !

Le grand homme qui parlait avait la peau mate, les dents pourris, et le visage ravagé par la vérole, ses deux comparses, attendant dans l'escalier derrière lui, n'avaient pas meilleure mine.

Toujours assis sur son tabouret, le jeune homme les observait avec lassitude, jonglant innocemment avec l'un de ses couteaux.

L'autre avança prudemment d'un pas, les mains toujours levées :

-Écoute James on veut juste discuter, t'es un brave gars, et je dois bien reconnaître que pour un morveux t'en a une sacrée paire, on est rien venu tenter, c'est juste qu'on a parlé avec le reste de l'équipage et même si t'es le gamin du capitaine tu fait partit des nôtres.

Tout en continuant à lancer son couteau pour attirer leur attention, Tanya glissait discrètement sa main libre vers la poignée de son sabre :

-Je suis sûr de pas aimer ce que t'as à dire, mais dit le quand-même.

L'autre baissa lentement les mains, les gardant toutefois à bonne distance de ses armes :

-Nous trois on fait partie de cet équipage depuis le début, ça a pas toujours était facile, mais ton père a toujours était un bon capitaine, même si pour lui l'or a toujours plus compté que nos vies, mais depuis quelques temps c'est de pire en pire, tout le monde l'a remarqué, il est de plus en plus dingue, j'suis comme tout les autres, je suis là pour devenir riche et célèbre, mais pour ça c'est mieux de rester en vie, et vu les risques que ton vieux nous fait prendre ces derniers temps, ça semble mal barré.

Tandis qu'il parlait, ses deux compères avançaient lentement derrière lui, l'un à sa droite, l'autre à sa gauche, cherchant à encercler Tanya, qui n'était maintenant plus qu'à quelques mètres d'eux.

Le grêlé souriait maintenant d'un air complice, sa voix rocailleuse réduite à un chuchotement conspirateur.

-Écoute, on en a causé avec les autres et on est tous d'accord pour dire qu'il faut changer de capitaine si on veut pas tous finir par crever, après c'est pas obligé de se passer dans la violence, tout ce qu'on te demande c'est de planquer ses armes, tu nous le livre et on vous laisse dans le prochain port sans le moindre coup fourré, ou tu peux même rester avec nous si tu veux, mais quoi que tu décide il faut que tu te décide maintenant.

Il y en a marre des secrets et de devoir suivre les ordres sans discuter.

Elle laissa le silence envahir l'espace restreint dans lequel ils se trouvaient, faisant mine de réfléchir, en vérité sa réponse était déjà toute trouvée, il lui fallait seulement quelques secondes pour évaluer ses chances de survie.

Les promesses étaient creuses, et la manœuvre d'encerclement grossière, le moindre de leurs gestes respirait l'envie de meurtre.

S' il avait réellement voulu parlementer, il serait venu seul.

En s'emparant de la salle des coffres et en la tuant au passage, ils touchaient le capitaine en plein cœur, tuant aussi tout sentiment de rébellion chez les membres d'équipage moins convaincus par cette mutinerie.

Ils étaient trois, armés de pistolets et avaient plusieurs décennies d'expérience de combats en plus.

Bien que son père risquait bel et bien de tous les faire tuer tôt ou tard pour quelques pièces d'or en plus, la trahison n'était pas une option pour elle.

Premièrement car, même si il s'était avéré être un père médiocre, elle ne se pardonnerait jamais de trahir sa confiance.

Deuxièmement, même si elle décidait d'obéir, elle ne pouvait pas risquer que sa véritable identité soit révélée.

Et troisièmement... Ce que pensait trouver le trio dans la salle des coffres n'avait certainement rien à voir avec ce qu'ils y trouveraient, elle ne pouvait tout simplement pas laisser la sirène tomber entre les griffes de ces idiots.

Malgré ses talents d'épéiste, elle avait peu de chance de se sortir de ce traquenard :

-Si vous avez un problème avec le capitaine, c'est au maître d'équipage qu'il faut en parler.

Elle et le grêlé se regardaient droit dans les yeux, ils savaient aussi bien l'un que l'autre qu'aucun d'eux ne se défilerait, mais ils continuaient tout de même la conversation, la scène illustrant parfaitement l'expression dites du calme avant la tempête.

L'homme cracha au sol d'un air dédaigneux :

-Le vieux Bridget et lui sont trop proches, je le répèterais pas gamin, t'as juste à t'absenter quelques minutes.

La tension était à son comble, les quatre individus étaient tous prêts à bondirent au combat, le silence était complet, à tel point qu'on entendait le craquement du navire, et le bruit des marins qui s'affairaient sur les ponts supérieurs.

Quand, alors que chacun s'apprêtait à se jeter dans la mêlée, une agitation frénétique se fit entendre dans les niveaux au dessus d'eux , des hommes couraient dans tout les sens, des cris fusaient, la voix de la vigie, portait par le vent, arriva jusqu'au oreilles des quatre pirates.

-NAVIRE DE GUERRE EN VUE !!!

Puis quelques instant plus tard, C'EST L'ESPERANZA !!!

L'Esperanza avait été le fer de lance de la marine espagnol, avant que son équipage ne se reconvertissent en chasseurs de pirates, jouissant ainsi d'une plus grande liberté d'action et d'une totale impunité.

Son capitaine et le père de Tanya entretenaient une haine profonde l'un envers l'autre depuis de nombreuses années, ce dernier ayant forgé sa renommée suite à une série de défaites cuisante qu'il avait infligé au premier.

L'espagnol avait même perdu un œil lors d'un duel les opposants, depuis ce jour, il ne vivait plus que pour se venger.

Alors que cette annonce provoquait un chaos plus intense encore sur le pont supérieur, dans le ventre du navire, après un rapide regard entendu, les comploteurs se jetèrent sur Tanya, sans songer un seul instant au fait que l'approche d'un navire ennemi aurait dû être leur priorité, comptant certainement sur un effet de surprise qu'ils avaient perdus depuis longtemps.

L'homme le plus à gauche leva son pistolet en direction de la jeune femme, mais l'arme lui échappa des mains sans rien pouvoir faire d'autre, tandis qu'il tombait à genoux, sans comprendre, un couteau fiché dans la gorge.

Tanya parra le coup de sabre de celui de droite au dernier moment, il s'était déplacé à une vitesse impressionnante pour un individu de sa taille, l'acier heurta l'acier dans un grincement strident, la force du choc la projetant contre la porte de fer derrière elle, la poignée s'enfonçant douloureusement dans son dos, lui faisant perdre sa concentration l'espace d'un instant.

Profitant de cette ouverture, le grêlé, qui attendait jusque-là que ses complices fassent le gros du travail, leva à son tour son arme à feu.

Tanya vit le doigt appuyer sur la détente, elle vit le canon vomir des flammes comme la gueule d'un démon.

Un bruit assourdissant retentit, bien plus puissant qu'un tir de pistolet.

Le monde lui sembla exploser, et elle fut projetée à travers la pièce.

Quand elle rouvrit les yeux, elle n'aurait pu dire combien de temps elle avait était inconsciente, l'air autour d'elle était emplis de poussière et il régnait une forte odeur de poudre à canon.

Tanya se releva avec peine, le seul son qu'elle entendait était un sifflement aiguë, sa vision était brouillée, elle ressentait une vive douleur dans tout le corps, dû au souffle de l'explosion, au moins, la balle ne l'avait pas touchée.

Un pan entier de la coque avait été arraché par le boulet de canon, qui avait emporté avec lui une partie du mur de la salle des coffres.

S'appuyant sur les divers débris alentour, elle se dirigea tant bien que mal vers la brèche, où elle eut tout juste le temps de voir le dos du grêlé avant qu'il ne disparaisse à l'intérieur.

Jetant un rapide coup d'œil aux alentours, elle repéra le cadavre de l'autre, qui avait apparemment permit à la jeune femme de survivre, le dos du malheureux étant criblé d'éclats de bois, certains insignifiants, mais d'autres mesurant plus d'une trentaine de centimètres.

Elle continua d'avancer en boitant, l'une de ses jambes la faisant grimacer à chaque pas.

Serrant les dents, elle progressait petit à petit, son sabre, dont la lame s'était brisé à la moitié, pendant mollement au bout de son bras.

Elle entra dans la pièce au moment où le marin retirait d'un geste brusque la toile recouvrant le bocal.

Il recula de plusieurs pas, sous le choc, affichant un air émerveillé pendant quelques courtes secondes, avant qu'un sourire mauvais n'apparaisse sur son visage tordu.

Il se tourna vers Tanya en relevant son pistolet :

-Bordel, franchement tu m'impressionnes petit, j'avoue qu'on avait l'intention de te buter, mais là... Il jeta un bref coup d'œil à la sirène, qui observait la scène avec attention,

plaquée au fond de sa cage de verre.

Au-dessus d'eux, la bataille faisait rage, leur navire semblait réussir à tenir l'ennemi à distance, bien que le son des canons se faisait encore entendre des deux côtés, aucun autre boulet n'avait touché leur coque.

À l'autre bout de la pièce, derrière les débris obstruant l'escalier, on entendait les cris des hommes tentant de se frayer un passage.

Le grêlé continuait de sourire :

- C'est moi qui est prévenu L'Esperanza, ils en veulent tellement à ton père qu'ils sont prêts à nous laissaient filer si on leur livre avec la moitié du trésors, les tirs c'est juste une diversion, même si ces enfoirés se sont loupés pour celui-là, et avec ça, c'est sûr qu'il voudront marchander.

T'as plus le choix, mes gars tarderont pas à arriver jusqu'ici, ton vieux et Bridget peuvent plus rien faire maintenant, honnêtement j'ai un sacré respect pour toi, alors je te laisse une dernière chance, tu te joins à nous où tu crèves.

Appuyée à la porte, Tanya respirait lourdement, la tête lui tournait encore, et malgré le fait que l'un de ses adversaires lui ai servit de bouclier, certains éclats de bois l'avaient tout de même touchée.

L'autre en revanche, semblait ne pas avoir souffert de l'explosion, elle n'avait visiblement aucune chance de le vaincre sans y laisser la vie.

L'air résignée, elle s'avança en levant les mains, lâchant son sabre brisé.

-C'est bien petit, t'as fait le bon ch...

Elle se jeta sur lui avant qu'il ne termine sa phrase, son dernier couteau de lancer à la main, un coup de feu retentit, ils s'écroulèrent tous les deux au sol, l'un sur l'autre.

Le silence retomba dans la petite pièce tandis que les secondes passaient et qu'aucun des deux adversaires ne bougeaient, dans son bocal, la sirène s'agitait nerveusement.

En dehors de la salle des coffres, derrière les débris, les hommes du grêlé se rapprochaient:

- Billy! T'es en vie ? Ces enfoirés d'espagnols respectent pas l'accord !

On a envoyé les signaux comme prévu mais ils continuent de tirer !

On pourra pas les semer longtemps !

Comme pour illustrer ses dires, un autre boulet siffla prêt du navire avant de finir à la mer.

Tanya grogna en basculant sur le dos, elle regarda son adversaire, qui la fixait, son visage à quelques centimètres du sien.

Ses yeux morts la dévisageant d'un air surpris, la lame du couteau profondément plantée dans sa poitrine.

La jeune femme se redressa avec peine, la balle l'avait touchée au flanc gauche , la traversant de part en part, elle se releva du mieux qu'elle put en laissant échapper un geignement de douleur.

Les Espagnols ne semblaient pas décidés à leur laisser la moindre chance, elle était blessée, et même sans cela, les mutins auraient tôt fait de lui régler son compte en la trouvant couverte du sang de leur chef.

Respirant profondément, elle ravala un cri de douleur, rassemblant le peu de force qu'il lui restait, elle saisit la barre métallique bloquant la porte, qui avait été arrachée, et la souleva le plus haut qu'elle put, avant de l'abattre contre la parois du bocal.

Le choc se répercuta dans tout son corps, et elle sentit ses jambes se dérober sous elle.

À genoux, respirant à grande peine, les yeux embrumés de larmes, Tanya appuya ses mains tremblantes sur la grande fissure qui était apparue, sous le regard surpris de la sirène, quelques gouttes dégoulinant lentement jusqu'au sol.

Elle poussa à plusieurs reprises sans grand résultat, chaque nouvelle tentative la vidant un peu plus de ses forces.

Dans un dernier effort, le verre grinça une dernière fois avant de céder.

L'eau se déversa brusquement dans la pièce, propulsant la jeune femme contre le mur derrière elle, elle était à deux doigts de perdre connaissance, toussant en essayant de relever la tête, sa vision trouble peinant à distinguer ce qui l'entourait.

S'extirpant prudemment des débris du bocal, la sirène s'approcha d'elle, rampant à la force de ses bras, un autre boulet toucha le navire, le bâtiment tangua dangereusement, peu de tant après une cloche retentit sur le pont supérieur:

- Je sais pas si tu me comprends mais il faut que tu partes tout de suite, cette cloche c'est qu'il y a un incendie, et si ça atteint l'armurerie...

L'autre la fixait toujours intensément, ses branchies remuant doucement :

- Pourquoi tu m'aides ?

Son regard parut encore plus intense l'espace d'un moment, semblant sonder l'âme de la jeune femme blessée.

Elle avait une voix rocailleuse

et sifflante, une preuve de plus que les légendes n'étaient guère plus que ça.

Tanya fut prise d'une quinte de toux, du sang coulant de ses lèvres, elle réussit à sourire tristement avant que sa vision ne s'obscurcisse.

_____

Elle ouvrit les yeux en reprenant brusquement conscience, le soleil, qui était maintenant haut dans le ciel, la baignait d'une chaleur bienveillante.

Elle tenta de se redresser, mais tout son corps hurla instantanément son mécontentement, la ramenant à la dure réalité.

Lentement, elle regarda autour d'elle, ne comprenant pas ce qu'elle voyait.

Elle se trouvait apparemment en pleine mer, étendue sur ce qui avait été un morceau de la coque du navire de son père.

Au loin, elle pouvait voir l'épave qui coulait lentement, les chasseurs de pirates espagnols, regroupés sur des embarcations de petite taille, achevant les rescapés qui tentaient de garder la tête hors de l'eau.

Comme elle s'en doutait, l'avidité de son père et sa froideur envers son équipage avait fini par avoir raison d'eux.

Il était certainement déjà mort, ou aux mains du capitaine de L'Esperanza, ce qui revenait au même.

Elle était triste, mais au fond, elle avait toujours su que cela se terminerait ainsi.

Le seul mystère étant qu'elle aurait dû périr noyée, inconsciente et emprisonnée dans la carcasse du vaisseau.

Quand bien même, elle se demandait comment elle avait pu se sortir de l'eau et s'éloigner du lieu du combat en étant évanouie.

Alors qu'elle observait une grande partie de sa vie sombrer dans les flots, sa blessure au ventre la fit grimacer, l'examinant, elle se rendit compte que sa tunique avait était déchirée et qu'on s'en était servi pour effectuer un bandage improvisé avec ce qui semblait être des algues.

Tanya sursauta, le visage blafard de la sirène venait d'émerger de l'eau à l'autre bout de son radeau de fortune, s'appuyant sur ses mains griffues, elle se hissa sans peine sur l'embarcation, sa longue queue toujours immergée battant lentement en les éloignant un peu plus des deux navires.

La sirène et la pirate s'observèrent un moment sans rien dire, avant que cette dernière ne prenne la parole, elle avait mille questions à poser, mais sa bouche était pâteuse et elle se sentait prête à s'évanouir d'une seconde à l'autre :

-Pourquoi tu m'as sauvé ?

La créature détourna le regard, fixant les vagues d'un air indéchiffrable :

- Mon peuple s'est toujours caché du tien, pour certains vous n'êtes que des légendes, j'avais soif de liberté et d'aventure et au final je me suis retrouvé dans une cage de verre, pourtant quand tu es rentrait dans cette pièce j'ai eu l'impression que tu me comprenait, comme si c'était toi qui était prise au piège, c'est pour ça que je t'ai aidée .

Elle tourna à nouveau la tête, et leurs regards se croisèrent, la jeune femme fut prise d'un frisson, l'autre semblant lire en elle comme dans un livre ouvert :

- Parce que tu te caches derrière un visage qui n'est pas le tien.

Tanya sourit tristement :

- J'ai vécu dans la peau d'un autre pendant des années, parce que je pensais que c'était le seul moyen que j'avais pour être libre, et je me rendais même pas compte à quel point c'était contradictoire .

J'ai fait pas mal de choses horribles durant toutes ces années, et vu que je pensais que j'allais y passer, je me suis dit que si je t'aidais ma vie aurait pas complètement servi à rien.

La jeune femme jeta un dernier regard à l'épave qui finissait de disparaître dans les flots au loin, le navire espagnol s'éloignant des lieux du massacre :

- Et maintenant ? Je pensais vraiment pas survivre à cette journée, et je préfère encore me noyer que de retourner à terre, si c'est pour devoir vivre à nouveau dans le mensonge.

La sirène haussa les épaules :

-Même si j'avais l'intention de retourner auprès des miens, ils me traiteraient en paria.

Elles s'observèrent un moment sans rien dire, tandis qu'elles dérivaient sans but à travers l'immensité de l'océan, tout un monde les séparaient et pourtant, c'était la première fois depuis longtemps que l'une comme l'autre ne se sentaient pas complètement seule.

13 Avril 2022 22:08:23 0 Rapport Incorporer Suivre l’histoire
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La fin

A propos de l’auteur

Zizanie Savage "Good is good in the final hour, in the deepest pit without hope, without witness, without reward" J'écris parce que le monde est pourris et que la vie m'ennuie. Un language grossier. Une plume maladroite. Des sentiments sincères.

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