kristelralstonwriter Kristel Ralston

Savannah Raleigh a connu la douleur de la trahison de la façon la plus cruelle. Ce n'est pas une femme faible, puisque dans le journalisme il faut avoir du cran. Entre l'agitation des unes quotidiennes, et la possibilité de perdre son travail à cause de la crise qui touche le secteur du journalisme, Savannah doit affronter un harceleur qui semble vouloir faire plus que simplement lui faire peur. Les complications de la vie de tous les jours s'intensifient avec l'arrivée d'un homme d'affairescinglant, solitaire et très imbu de sa personne. Nathaniel Copeland semble être prêt à la tenter avec la seule chose qu'elle s'était promise : ne plus jamais offrir son cœur. Avec une cicatrice plus profonde que celle qui marque sa joue droite, Nathaniel Copeland est devenu un homme renfrogné et méfiant. C'est un homme d'affaires important et il fuit la presse comme la peste, mais il en a besoin pour se créer une réputation dans les affaires, et à cause de cela il est amené à participer à certains évènements sociaux. Au beau milieu d'un appel d'offres, des ombres de son passé et d'une campagne contre lui orchestrée par l'un de ses concurrents, la dernière chose à laquelle il s'attend est de renconter Savannah Raleigh, une femme magnifique aux yeux marrons, qui menace d'ébranler sa règle d'or : ne pas retomber amoureux.


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La foudre qui siffla dans le ciel la réveilla. «Foutu temps», râla Savannah Raleigh avant de se redresser dans son lit à contrecoeur. En fin d'année, il y avait souvent des tempêtes de neige dans le Kentucky, mais pas de pluie. Et encore moins des orages. La respiration rapide et les cheveux en désordre, Savannah alluma la lampe de la table de nuit.

Les orages lui rappelaient de mauvais souvenirs du jour terrible où... Non. Elle n'allait pas repenser à cet événement qui lui provoquait encore de la colère et du chagrin.

De grosses gouttes de pluie commencèrent à taper contre la fenêtre de sa chambre. Elle avait besoin d'un verre d'eau. Elle se couvrit, prête à descendre les escaliers quand le bruit de son portable au milieu de l'orage la fit sursauter. «Exploiteurs», marmonna-t-elle quand elle lut le message de la rédactrice en chef, Meggie Orson. Hunt est malade. Incendie dans la propriété du Maire. Couvre-le. Paiement bonus.

Non sans maudire Hunt, l'éditeur et le journaliste de sport et d'événements, elle entra dans la salle de bain. «De toute façon, je n'aurais pas réussi à me rendormir.» Elle prit les clés de sa Toyota Camry et sortit affronter cette nuit de début décembre. Elle écoutait Luke Bryan à la radio et essayait de ne pas frissonner. Le chauffage de sa voiture marchait mal et elle n'avait pas eu le temps d'aller la faire réviser au garage. «C'est ça d'aimer son travail, même quand la paie n'est pas la meilleure du marché.»

Savannah travaillait depuis six ans au quotidien «Chroniques de Louisville», un petit média qui avait gagné du prestige au cours de ses trente ans d'existence dans l’état du Kentucky. La vie de journaliste n'était pas facile, et elle avait appris à l'apprécier.

Elle tirait parti et essayait d'apprendre de tout. Elle était comme une éponge, et particulièrement quand elle travaillait dans le domaine de la culture. En assistant à ces événements, elle avait à sa disposition une panoplie de sources d'informations et d'apprentissage.

Quand elle arriva à la maison du maire, le mouvement aux alentours de la propriété était frénétique. «On doit entrer dans la jungle pour avoir l’info.» Elle descendit de la voiture, resserra son manteau épais et s’ouvrit la voie entre ses collègues, les policiers et les curieux. Elle craignait de ne pas retrouver le sommeil cette nuit-là.

Elle avait raison.

Deux heures plus tard, avec des cernes sous les yeux et sans sa dose de caféine, Savannah quitta la conférence de presse que le maire de Louisville avait organisée. Il semblait qu'un détracteur, un supporter du parti adverse lui en voulait. La police avait arrêté le coupable. Elle avait aussi dû aller au poste de police et essayer d'obtenir plus de versions des faits pour mettre l'article sur pied.

À six heures du matin, elle termina de rédiger l'article, et après l'avoir relu et édité, elle l'envoya à Meggie, la rédactrice en chef.

Quand l'horloge indiqua six heures du matin dans la rédaction, l'idée de Savannah de rentrer chez elle pour dormir quelques heures n'avait plus de sens. La paie supplémentaire pour ces heures valait la peine de rester éveillée. Elle voulait offrir à ses parents un week-end aux Caraïbes pour leur anniversaire de mariage. Pas n'importe quel voyage, un voyage de luxe. Ils le méritaient vraiment.

Elle espérait que son tyran d'éditrice, Gwendolyn, la laisserait partir tôt. C'était l'anniversaire de sa meilleure amie, et elles avaient organisé un dîner dans un restaurant italien. Elle ne pouvait pas décevoir Chelsea. Les parents de son amie avaient pris un vol depuis l'Alabama pendant le week-end pour l'anniversaire de leur fille aînée. Savannah adorait les Whitehalls. Et pour Savannah ça allait être des retrouvailles très agréables, et une très bonne excuse pour que Chelsea se déconnecte de son travail de vétérinaire et profite de la vie sans se préoccuper de ses patients pendant un moment.

— Savannah ! Dans mon bureau, maintenant!

Un claquement de porte résonna depuis le bureau de Daniel Sutton, le fils unique de la riche famille Sutton qui avait un penchant pour le secteur du journalisme. Ce n'était pas par hasard qu'il était le propriétaire et le directeur général du journal.

«Quoi encore ?», se demanda Savannah. Comme si ce n'était pas suffisant de l'avoir réveillée au beau milieu de la nuit quand il faisait zéro degré dehors. Son manque de caféine faisait des ravages sur son humeur. Elle mit ses bottes. Elle aimait être pied nu quand elle écrivait, car cela la relaxait, et elle les idées lui venaient plus facilement. Ou bien c'était peut-être une manie de la profession.

Elle lissa sa jupe vert olive et en profita pour arranger son pull beige avant de s'approcher du bureau du directeur général. La secrétaire de Daniel, Luciana Peckeet, lui indiqua d'un signe de tête d'avancer vers la porte en verre. Elle entra dans le bureau luxueux rempli d'étagères bien rangées et de dossiers numérotés.

—Assieds-toi, Savannah —lui dit-il quand il se rendit compte de sa présence—.Tout est en ordre ?

C'était une question de routine qu'il avait l'habitude de poser à tous les journalistes qui entraient dans son bureau.

—Oui, oui.

Si elle avait pu lister toutes les qualités que devait posséder un homme avec qui elle pourrait avoir un rendez-vous, Daniel Sutton les remplirait toutes. Élégant, intelligent, très beau et avec beaucoup de flair pour les affaires et l’actualité. Son unique défaut ? Il était marié. «Normal.»

Cela ne l'intéressait pas non plus d'avoir une relation avec quelqu'un du sexe opposé. Elle y était allergique et les fuyait comme la peste. Connor Moriarty avait réduit en miettes ses rêves romantiques. Elle acceptait de temps en temps, dès lors que ses horaires le lui permettaient, de sortir avec un garçon... mais elle savait qu'à la fin de la soirée, cela n'irait pas plus loin qu'un simple baiser.

Les cheveux bruns de Daniel bougèrent quand il approcha un peu plus sa chaise du bureau. Il se pencha en avant pour appuyer confortablement les avant-bras sur la protection en verre où étaient posés de nombreux documents, l'ordinateur, le téléphone, les stylos, et un grand nombre de choses qui montraient non seulement que c'était un homme occupé, mais également que son manque d’ordre était un défaut... tout comme l’anneau en or qui brillait à son annulaire.

—Samedi prochain, il y a un mariage très important. Brendan Lowell est l'une des personnes qui achètent le plus de publicité dans le journal et un ami très proche. J'ai besoin que tu couvres l'événement. Je ne serai pas en ville. Ton photographe sera Arthur Miles. Ce sera en première page de la section sociale et il y aura une mention sur la Une. Je veux que tu prêtes attention à tous les détails.

Arthur avait la réputation d'être un vrai casse-pied, surtout quand il avait carte blanche pour commander tout ce qu'il voulait au bar. Elle savait qu'Arthur avait quatre enfants à nourrir... et puis aussi une maîtresse. Qu’est-ce qu’elle devrait faire pendant cette réception ? Le couvrir. Arthur devait faire son travail, en dehors de ça, ce qu'il faisait de sa vie lui était égal.

—Pas de problème. —dit-elle avec un sourire contraint qui montrait sa dentition parfaite. Elle ne s'était pas cassé la tête à la faculté de communication pour devoir couvrir un mariage—. J’ai juste une question.

—Bien sûr.

—-Quel rapport avec la culture ?

Daniel lui donna un papier avec l'adresse de l'église et l'endroit où la réception des Lowells aurait lieu.

—Ce genre d'hommes d'affaires génère la culture du salaire aux personnes de ce journal —dit-il sévèrement—. C'est un service. Tu peux le faire ou pas ?

«Quand c'est demandé aussi gentiment, bien sûr que oui», eut-elle envie de répondre.

—Bien sûr, chef —dit-elle pour dissiper la tension.

Daniel acquiesça, et son visage se détendit.

—Je n'aime pas qu'on m'appelle comme ça, Savannah, tu le sais. On est entre amis et collègues.—Il la congédia en ouvrant la porte—. Au fait, Meggie m'a passé la copie de ton article. Du bon travail, comme toujours. Hunt doit revenir plus tard et pourra assurer le suivi de la nouvelle. —Il se frotta le menton d'un air pensif—. Je crois qu'on devrait te réassigner plus souvent d'autres sections en dehors de la culture.

—Non, merci, entre mes Monet, les nouveaux Hemingway et les aventures des chanteurs d'opéra et des acteurs de théâtre, j'ai déjà trop à faire.

Avec un éclat de rire, Daniel acquiesça. Savannah se dirigea vers le département de photographie pour réserver l'heure dans la fiche de demandes afin d'avoir tout prêt pour le mariage de Monsieur Lowell.

Daniel était un chef particulier. À la différence des autres propriétaires de médias qui ne connaissaient rien du métier de journaliste et du travail sur le terrain, Daniel avait un diplôme de journaliste et également, un master en gestion d'entreprises. À seulement quarante-quatre ans, il avait accompli beaucoup de choses. Il était très critique sur les sujets sensibles, comme l'attentat contre le maire, et il gardait ses distances quand il pensait que les affaires et l'éthique journalistique pouvaient s'entremêler.

Même dans le cas de Lowell, qui était juste un reportage de la section sociale, Savannah savait que si à l'avenir, le propriétaire de l'entreprise de textiles Lowell commettait une infraction qui devrait être sujet d’investigation, Daniel enverrait un reporter et lui demanderait de la rigueur. Il ne faisait pas deux poids deux mesures. Pour Savannah, l'éthique et l'honneur de ses collègues de travail étaient plus importants que d'écrire pour un très grand groupe médiatique.

—Savannah ! —appela quelqu'un cinq bureaux plus loin.

«Ça n’arrête pas, aujourd’hui.». Alors qu'elle entendait Max Giordanni approcher, elle se rappela qu'il valait mieux qu'il ne soit pas au courant du mariage de Lowell la semaine suivante, ou bien il viendrait avec elle sans y avoir été invité.

Ça faisait longtemps qu'il essayait de l'inviter à sortir. Et elle n'avait pas l'intention de lui donner le feu vert. Max était un coureur de jupons et il ne prenait pas les relations au sérieux. En plus c'était un collègue de travail. Savannah avait déjà renoncé à un travail à cause d'un homme. Après l'humiliation et la douleur que Connor avait causées dans sa vie, elle ne comptait pas s'aventurer dans une situation similaire. Et encore plus en sachant que Max ne prenait aucune femme au sérieux... et, d’ailleurs, ce n'était pas son genre d'homme. Pas la peine d'y penser.

—Salut, Max —dit-elle quand elle le vit s'appuyer avec assurance contre le bord du bureau—. Qu'est-ce qu'il y a ? —elle sourit.

—Arthur m'a dit qu'il y avait une fête ce week-end. Habillée ou normale ? —s'enquit-il d'une voix charmeuse.

Elle avait probablement oublié de dire à ce bavard d'Arthur de ne pas parler du mariage de Lowell avec le rédacteur des finances.

—Je ne pense pas que tu puisses venir avec nous, l'invitation est exclusive—répondit-elle, contente de se rappeler ce détail—. Monsieur Lowell n'a demandé que deux reporters, pas plus. Et avec Arthur —elle haussa les épaules— le compte y est.

Max fit claquer sa langue.

—Quelquefois je crois que tu essaies de m'éviter —dit-il d'un ton qu'il voulait ensorceleuse. Mais cela ne fonctionna pas. Du moins, pas avec elle.

Max pensait que, grâce à ses origines italiennes, il était irrésistible. Et peut-être qu'avec d'autres filles, c'était le cas. Elle savait reconnaître un bel homme quand elle en voyait un, et c'était le cas du journaliste financier, mais cela n’allait pas plus loin. Il y avait six ans, elle avait dû ramasser les morceaux de son cœur au milieu d'une dépression qui l'avait submergée pendant plusieurs mois jusqu'à ce qu'elle trouve un travail aux Chroniques de Louisville. Elle n'allait pas tout saboter maintenant.

—Tu sais bien que non. —Il faisait tourner un stylo entre son index et son majeur—. Cette fois ça concerne un des mécènes du journal.

—Tu ne comprends pas, ou tu ne veux pas comprendre ? — demanda-t-il, en se penchant vers elle avec sa voix séductrice. Savannah recula, mais il était appuyé contre le bureau, donc elle ne pouvait pas faire grand-chose pour s’éloigner suffisamment de lui.

—Max..., on a déjà parlé de ça. J'apprécie beaucoup ton opinion professionnelle quand tu me donnes certains conseils, rien de plus...

—Ça pourrait s'améliorer si on avait un rapprochement.... disons, plus personnel.

— Tu sais que je t'apprécie, mais pour ces choses-là, je ne crois pas.

Max rit.

—Raleigh ! —cria Meggie Orson, l'éditrice en chef. «Sauvée par le gong.» Max haussa les épaules et retourna à ses occupations, après s'être arrêté au bureau de Mary, la rédactrice de santé et beauté, avec une pose de Don Juan. «Incorrigible», pensa Savannah en se dirigeant vers le bureau de Meggie.

—Bonjour, Meg.

Les yeux noirs et les cheveux grisonnants, Meggie Orson était une légende dans le journalisme local. L'éditrice en chef. Une perle professionnelle sur le point de partir à la retraite, mais qui continuait de donner du fil à retordre à son poste. Elle avait fait passer l'entretien d'embauche à Savannah et lui avait offert le poste, quand la seule chose qu'elle voulait faire après cette horrible semaine, il y avait six ans, était de quitter Louisville. La seule chose qui l'avait retenue était le travail, ainsi que son amour pour ses parents et son frère Maurice.

—Tu es toujours prête à donner un coup de main. —«Car je ne rejette pas la paie supplémentaire», pensa Savannah avec un sourire—. On a une place à remplir dans une autre section. Tu pars dans vingt minutes dans la périphérie de Louisville.

—J'ai couvert Hunt il y a quelques heures. J'ai besoin...

—La cafetière est en train de fumer, profites-en pour prendre ton café de la journée avant que la rédaction ne se remplisse —dit-elle, lisant dans ses pensées. Ce n'était pas difficile de comprendre Savannah à ce moment. Tous les journalistes avaient besoin de leur dose de caféine—. Ton éditrice, Gwendolyn, va arriver plus tard, car il y a une chorale de Noël qui va chanter. Il semblerait que Daniel Sutton ait un côté sensible à cette époque de l'année et qu’il veuille couvrir des petits événements de ce genre pour ta section culturelle.

«Comme si une chorale était une information de culture», pensa Savannah, mais ce n'était pas à elle de décider, après tout.

—Je dois partir tôt aujourd'hui, Meg —dit-elle avec la confiance que lui donnait son ancienneté dans le journal, et également le respect qu'elle avait gagné au mérite—. Ne t’inquiète pas, je vais couvrir le reportage. Mais dis-moi, qu'est-ce qui se passe ? Ne l'interprète pas mal, Meg, j'adore les paies supplémentaires, mais depuis six ans que je suis au journal, je n'ai jamais fait autant d'heures supplémentaires que ces derniers mois.

La femme soupira. Elle se leva de son fauteuil pour fermer la porte en verre qui était à quelques pas de celle de Daniel, et qui lui donnait une vision périphérique de la rédaction et de la section de photographie. Elle enleva ses lunettes et les posa sur le bureau. Elle passa sa main dans ses cheveux frisés.

—Le journal est en crise. Daniel a essayé de gérer ça avec discrétion, mais il ne reste plus beaucoup de solutions. Tu es la première à l'apprendre. —Savannah acquiesça, inquiète—. On va commencer à faire des réductions de personnel. Je sais que tu as eu une charge de travail supplémentaire ces derniers mois, et c'est parce qu'on ne veut pas embaucher plus de gens. On ne pourrait pas assumer les coûts, et payer des heures sup revient moins cher.

—Je n'avais jamais eu à couvrir la politique, ni les faits divers... Je ne m'imaginais pas que c’était à cause de quelque chose de ce genre. Les Suttons sont un groupe solide économiquement.

Meg acquiesça en se frottant l'arête du nez.

—Oui, mais le journalisme est en plein marasme avec les nouvelles technologies... Les gens misent de plus en plus sur le digital, ils n'achètent pas beaucoup de publicité dans la version papier... Augmenter les effectifs dans le département des ventes, au lieu des journalistes, ce serait absurde, car vous êtes le moteur de cette entreprise. Cet après-midi, on va faire une annonce pour éviter les spéculations.

—Eh bien…—La nouvelle lui provoquait un nœud à l'estomac.

—On a besoin de toute l'aide possible pour que le journal ne ferme pas et pour licencier le moins possible de journalistes. Les licenciements seront la décision de Daniel et d'une équipe de travail externe qui devra trouver des solutions pour améliorer la compétitivité de l'entreprise. La seule personne que je connais qui soit au courant de son licenciement, c'est Gwendolyn.

Savannah ouvrit puis referma la bouche. Son éditeur, même si c'était un tyran, était une femme très cultivée... Ce qui venait de se passer était déplorable. Qu'est-ce qui lui garantissait son travail, si une professionnelle comme Gwendolyn Robins était licenciée?

— Ce sera une grande perte.

Meggie acquiesça.

— La décision vient d'un rapport, comme je te l'ai dit.

—C'est pour ça que tu m'as écrit cette nuit...? —dit-elle avec tristesse—. Quand est-ce que vous l'avez dit à Gwendolyn ?

—Hier soir. Ça fait vingt ans qu'on travaille avec elle. La plus ancienne du personnel. On ne pouvait pas la congédier avec une annonce publique. Je ne dis pas que les autres méritent moins de considération, mais elle...

— Oui, oui, bien sûr. C'est une institution de la culture à elle seule.

— Pendant la réunion, on annoncera les noms des journalistes qui quitteront nos effectifs à la fin du mois. Même moi, je ne sais pas si mon poste est en danger ou pas. Donc si tu veux savoir pour ton travail...

— Il n'y a que Daniel qui le sache.

—Exactement.

Savannah n'avait pas de dettes, et la maison où elle vivait avait un loyer raisonnable. Ses parents travaillaient dans un petit magasin de vente d'antiquités, mais les revenus ne pouvaient pas vraiment être considérés comme des bénéfices importants. Ils ne manquaient de rien, et Savannah payait plusieurs dépenses de sa famille. Dans le cas de ses frères et sœurs, Rebel, qui avait vingt-trois ans, participait avec son salaire d'aide-soignante dans un hôpital du coin où elle était en stage; et Maurice, le plus jeune de la fratrie, était dans sa dernière année de lycée, mais il aidait en évitant les problèmes, ce qui était déjà beaucoup à dix-huit ans.

Si elle était renvoyée, elle devrait renoncer à ce qu'elle avait de plus important : son indépendance. Elle devrait retourner chez ses parents pour économiser le coût du loyer de son appartement dans le centre de Louisville. C'était une perspective peu réjouissante, même déprimante, de devoir retourner vivre chez ses parents à vingt-sept ans.

—Savannah, j'espère que tu n'es pas sur la liste d'aujourd'hui... —soupira Meggie— et moi non plus.

— Oui... Donc, dis-moi, qu'est-ce que je dois couvrir ce matin ?

—La section de construction. Une conférence de presse. Il y a l'inauguration d'un bâtiment très sophistiqué, le meilleur dans tout le Kentucky, avec une technologie de pointe. Le capital appartient à un homme d'affaires important de la ville. J'ai besoin de toi là-dessus, car Gianna est en déplacement dans le nord de la ville en ce moment. Même si elle finit à temps, à cause de la distance, elle n'arrivera pas à temps dans la périphérie de Louisville.

Savannah prit des notes sur son iPad.

—Bien entendu, au niveau logistique, ce n'est pas rationnel. Aucun problème. Juste une petite question. Qu'est-ce qui se passe avec Zackary, le reporter qui travaille avec elle ?

—Il est aussi sur une autre affectation. —Elle haussa les épaules—. Je ne te le demanderais pas si ce n'était pas nécessaire. Tu sais très bien que pendant cette saison de chutes de neige, c'est Gianna qui travaille le plus avec sa section de routes fermées, les problèmes des matériaux qui n'ont pas été utilisés, blablabla...

—Si... j'espère au moins que la route sera dégagée en dehors de la ville. Sinon on va arriver très tard. Donc dans tous les cas, je prends note: Section de construction. Remplacement de Gianna Tanner. OK. La longueur ?

—Une page complète pour cet après-midi. Tiens —elle lui donna un document avec les informations de l'événement —lis le sur le chemin.

«Une page! Le propriétaire de l'entreprise de construction doit être un sacré personnage», pensa Savannah. Il n'était pas commun de donner autant d'espace dans le journal.

Même si lire en voiture aurait dû être facile, les neurones de Savannah dansaient la salsa. Elle avait dans son sac la courte biographie de Nathaniel Copeland, le propriétaire de l'entreprise de construction, que Meg lui avait donnée.

—Cet homme est si important que ça ? Gianna va me devoir un bon repas aujourd'hui —murmura-t-elle.

Meggie regarda l'heure sur l'horloge au mur de son bureau.

—Très respecté... je dirais même qu'on le craint.

—Des journalistes ?

L'éditrice en chef rit, ce qui accentua les rides autour de ses yeux bleus. À soixante ans, dont quarante dans la bataille du journalisme, elle avait consacré sa vie à informer. Elle avait dévoué beaucoup de ses années à l'entreprise d'un jeune visionnaire, Daniel Sutton. Cela faisait quinze ans qu'elle était aux Chroniques de Louisville, et elle se sentait aussi bien que si elle avait travaillé pour le Washington Post, quand elle avait eu l'opportunité de déménager dans la capitale américaine, il y avait de nombreuses années de ça.

—Des journalistes aussi —répondit-elle—. Ne te laisse pas duper par son apparence distante et son air mystérieux.

«Le défaut des journalistes, c'est de toujours vouloir élucider les mystères...»

—Qu'est-ce que ça veut dire ?

—Renseigne-toi comme il faut, mais ne te laisse pas intimider. Ne crois pas que cet homme est une énigme qui attend qu'une jeune journaliste vienne percer ses mystères. Si tu t'obstines à essayer de creuser au-delà du domaine professionnel, Nathaniel Copeland va se refermer et tu perdras l'article. Gianna n'a jamais laissé ça arriver et Zackary non plus, même si lui, il n'a pas eu beaucoup de contact avec l'entrepreneur.

—Et tu me préviens parce que...

—Je te préviens, car je sais que tu es très douée pour enquêter. Ici, il n'y a rien d'obscur ni de caché. Juste l'événement en tant que tel. C'est tout ce dont on a besoin cette fois. Le propriétaire de l'entreprise n'est pas le personnage principal... même si ça peut te servir de savoir qu'en général, il n'assiste pas aux évènements de son entreprise, sauf quand il considère que c'est absolument nécessaire. C'est pour ça qu'on doit le couvrir.

Savannah acquiesça

—Compris. Résoudre les mystères de la construction, c'est le travail de notre chère Gianna —dit-elle avec un sourire.

Le téléphone du bureau de Meggie se mit à sonner. Ce bruit lui était familier, les téléphones sonnaient toute la journée dans la rédaction.

—Envoie-moi l'article le plus vite possible, et mets Gianna en copie pour qu'elle le passe en revue à son retour.

—D’accord.